Propriétaires : pourquoi un bon DPE ne garantit pas le confort d'été ?

4 novembre 2026

Femme observant par la fenêtre de son appartement en été tout en regardant des plantes et une photo sur le rebord éclairé par

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Un logement classé A ou B au DPE peut devenir une bouilloire thermique dès la première canicule. En effet, l'étiquette énergétique mesure la consommation d'énergie, pas la capacité du logement à rester frais. Le confort d'été relève d'un indicateur à part, qui n'entre pas dans la note A à G.

Pour un bailleur, une bonne étiquette DPE rime souvent avec logement facile à louer.

Pourtant, DPE et confort d'été ne vont pas forcément de pair. Selon une enquête Ifop pour l'Observatoire Leroy Merlin (juin 2026), 27 % des Français disent ne pas disposer d’un logement confortable en période de fortes chaleurs, ce qui peut entraîner plus de mouvements locatifs, et donc des coûts pour les propriétaires.

Mais pourquoi un logement bien classé peut-il surchauffer, et comment y remédier avant de recourir à la climatisation ?

En bref

  • La classe DPE (A à G) mesure la consommation d'énergie et les émissions de gaz à effet de serre, et non la fraîcheur du logement.
  • Le confort d'été relève d'un indicateur séparé : insuffisant, moyen ou bon.
  • Un tiers des logements classés A ou B seraient mal adaptés aux fortes chaleurs (étude Pouget Consultants pour l'Alliance Ignes, juin 2026)
  • Des fenêtres exposées sans volets ni stores suffisent à classer un logement « insuffisant ».
  • Avant la climatisation, des solutions existent pour améliorer le confort thermique : protections solaires extérieures, ventilation nocturne, brasseurs d'air et isolation de la toiture.

DPE et confort d'été : deux indicateurs distincts

Ce que mesure l'étiquette énergétique du DPE

Le diagnostic de performance énergétique classe les logements de A à G selon leur consommation d'énergie et leurs émissions de gaz à effet de serre. Si le logement est climatisé, la consommation de la climatisation entre dans le calcul. Mais la lettre ne dit rien de la température ressentie lors des mois les plus chauds. Cela fait l'objet d'un indicateur à part mentionné sur le document.

L'indicateur confort d'été du DPE : trois niveaux, cinq critères

Depuis le 1er juillet 2021, le DPE comporte un indicateur confort d'été, affiché à part sous forme de pictogramme. Celui-ci évalue le confort passif (sans climatisation) à partir de critères listés par le ministère de la Transition écologique : protections solaires des fenêtres et de la toiture, isolation de la toiture, inertie du bâtiment, logement traversant et brasseurs d'air fixes.

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Lorsque l'indicateur n'est pas jugé « bon », le DPE liste des recommandations pour l'améliorer.

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Dans l'étude Pouget Consultants pour l'Alliance Ignes (juin 2026), portant sur près de 9 millions de DPE issus de la base de l'ADEME, il est estimé que seuls 10 % environ des logements ont un confort d'été « bon », et qu'un tiers des logements classés A ou B seraient mal adaptés aux fortes chaleurs.

Pour aller plus loin :

Confort d'été insuffisant : conséquences pour le locataire et risques pour le bailleur

Un bon DPE reste un atout, mais il ne garantit pas un logement vivable l'été.

Les plaintes de locataires dont l'appartement ou la maison devient invivable l'été sont devenues très courantes. Les températures peuvent monter au-dessus de 35 °C en intérieur avec de vraies conséquences sur la qualité de vie, la santé mentale et physique.

Dans un article de Nice Matin sur le sujet, on peut lire le témoignage d'une propriétaire d’un appartement non climatisé à Nice : « J’ai bien conscience qu’on vit en Méditerranée, qu’il y fait chaud… Mais cette année, dès début juillet, j’ai su que ça allait être d’une rare violence. [...] Le soir, je recule le moment du coucher, car je sais que ça va être très difficile de s’endormir. Je me réveille fatiguée. Ça joue sur l’humeur, l’entrain, les perspectives, l’écoanxiété… On ne va pas dans le mur, on va dans le four. »

Selon une enquête sur le confort d'été menée par l'Observatoire Leroy Merlin et l'Ifop, près de 19 millions de Français (28 %) ont déjà dû quitter temporairement leur logement à cause de températures devenues insupportables.

Un logement qui surchauffe expose à un départ du locataire et à une relocation plus difficile. En effet, d'après la même étude, 36 % des Français déclarent envisager de déménager pour cette raison.

C'est avant tout la qualité du bâti qui va jouer un rôle dans le confort thermique estival, comme nous allons le voir.

Pourquoi un logement classé A ou B peut être une bouilloire thermique ?

Des propriétaires n'avaient pas anticipé cette réalité. En achetant un logement noté B dans le Val-de-Marne, Louis pensait être à l'abri de l'inconfort thermique. Mais malgré cette bonne note, son appartement sans volets peut monter jusqu'à 36 °C lors des canicules.

Des fenêtres exposées sans protection solaire

C'est le premier facteur de surchauffe estivale. Pour Christophe Rodriguez, directeur de l'Institut français pour la performance du bâtiment, environ 70 % de la chaleur entre par le rayonnement solaire sur les fenêtres. D'après Tom Sarrebourse, ingénieur chez Pouget Consultants, des baies orientées sud, est ou ouest sans protection solaire suffisent à classer le logement « insuffisant ». Même verdict pour un dernier étage sous une toiture non isolée.

Une isolation pensée pour l'hiver

L'isolation limite les apports de chaleur par les murs et le toit. Mais sans protections solaires ni ventilation efficace, la chaleur accumulée le jour reste piégée. Posée par l'intérieur, elle peut aussi réduire l'inertie des parois (leur capacité à absorber la chaleur puis à la restituer lentement).

Et le choix de l'isolant compte aussi ! Selon les experts, la laine de bois retarde mieux la transmission de chaleur que la laine de verre ou le polystyrène.

Comment évaluer le confort d'été réel de votre logement ?

Partez de l'indicateur confort d'été sur votre DPE, puis confrontez-le au terrain :

  • Les pièces orientées sud ou ouest ont-elles des volets ou des stores extérieurs ?
  • Le logement est-il traversant, au dernier étage ou sous les combles ?
  • Votre locataire signale-t-il des nuits trop chaudes ? Quelques relevés de température en période de chaleur donnent une base objective.

Avant de gros travaux, une simulation thermique dynamique réalisée par un bureau d'études peut modéliser heure par heure le comportement du logement. C'est la logique de l'indicateur « degrés-heures d'inconfort » (DH), imposé par la réglementation environnementale RE2020 dans le neuf. L'objectif est d'évaluer le nombre d'heures sur l'année où la température de confort est dépassée (plus de 26 ou 28 °C) à l'intérieur du logement.

Améliorer le confort d'été avant d'envisager une climatisation

L'ADEME a émis plusieurs solutions pour garder un logement frais en période de canicule. Certaines de ces recommandations vous incombent en tant que bailleur. D'autres peuvent être transmises à vos locataires pour améliorer leur confort.

Protéger les fenêtres et la toiture

Volets, stores extérieurs, brise-soleil, leur absence sur des baies exposées suffit à faire basculer l'indicateur en « insuffisant ». Ils arrêtent le soleil avant qu'il n'atteigne la vitre, ce que ne font pas les rideaux intérieurs.

En copropriété, leur pose modifie l'aspect extérieur de l'immeuble et requiert l'autorisation de l'assemblée générale (article 25 (b) de la loi n° 65-557 du 10 juillet 1965). Sous les toits, l'isolation de la toiture ou des combles, autre critère de l'indicateur, limite la chaleur transmise par le toit.

Organiser la ventilation nocturne

En prévision des nuits, il faut fermer volets et fenêtres avant que le soleil ne touche la façade, puis aérer la nuit et tôt le matin. Dans un logement traversant, ouvrir des fenêtres sur deux façades opposées crée une ventilation traversante plus efficace.

À l'inverse, des fenêtres ouvertes aux heures chaudes font entrer une chaleur qui reste piégée dans un logement bien isolé. Les brasseurs d'air fixes, seuls équipements actifs pris en compte par l'indicateur, améliorent alors la sensation de fraîcheur.

La climatisation en dernier recours

La climatisation n'améliore pas l'indicateur confort d'été, qui mesure le confort passif, et sa consommation entre dans le calcul de l'étiquette énergétique. Si elle reste nécessaire, l'ADEME conseille de n'allumer la climatisation qu'au-delà de 26 °C dans le logement.

Bon à savoir : La réalisation de certains de ces travaux peut être financée par MaPrimeRénov'. Les conditions évoluant souvent, vérifiez votre éligibilité avant de lancer les chantiers.

Le DPE va-t-il mieux intégrer le confort d'été dans le futur ?

Les pouvoirs publics commencent à se saisir du sujet.

Le ministère de la Transition écologique reconnaît que l'indicateur du DPE « doit être amélioré pour mieux refléter les réalités ». Des travaux sont ainsi en cours dans le cadre du troisième plan national d'adaptation au changement climatique (PNACC 3), sans calendrier annoncé.

Le projet de loi Relance du logement, adopté par le Sénat en juillet 2026 et en attente d'examen à l'Assemblée nationale (à l'heure où cet article est écrit, en octobre 2026), intègre par ailleurs le confort d'été dans la définition de la rénovation énergétique performante.

DPE et confort d'été : ce qu'il faut retenir

La lettre du DPE ne suffit pas pour juger du confort d'été d'un logement. Consultez l'indicateur confort d'été de votre diagnostic, puis vérifiez sur place les points clés : protections solaires extérieures, logement traversant, isolation de la toiture. Les leviers les plus efficaces (volets, stores, brasseurs d'air) sont souvent les plus simples, bien avant la climatisation.

Une chose est sûre, si vous anticipez ces travaux, vous vous éviterez de subir les prochaines canicules et vous limiterez le risque de départ de vos locataires.

Foire aux questions

Un logement classé A ou B au DPE peut-il être trop chaud en été ?

Oui. Le DPE mesure principalement la consommation d’énergie et les émissions de gaz à effet de serre, mais ne garantit pas qu’un logement reste frais pendant une canicule. Des fenêtres exposées au soleil sans volets ni stores extérieurs, ou une toiture mal isolée, peuvent entraîner une forte surchauffe, même dans un logement bien classé.

Comment savoir si un logement est une bouilloire thermique ?

Commencez par consulter l’indicateur de confort d’été figurant sur le DPE, qui peut être insuffisant, moyen ou bon. Vérifiez ensuite les protections solaires, l’isolation de la toiture et la possibilité de ventiler le logement la nuit. Si vous suspectez une surchauffe importante, des relevés de température pendant les périodes chaudes peuvent vous aider à évaluer le problème.

Quels travaux privilégier pour améliorer le confort d’été d’un logement ?

Les protections solaires extérieures, comme les volets, les stores ou les brise-soleil, figurent parmi les solutions à privilégier. L’isolation de la toiture et des combles peut également limiter les apports de chaleur. Enfin, une ventilation nocturne efficace et l’installation de brasseurs d’air fixes contribuent à améliorer le confort thermique, sans recourir systématiquement à la climatisation.

Un propriétaire peut-il bénéficier d’aides pour financer des travaux de confort d’été ?

Oui, certains travaux destinés à améliorer le confort thermique estival peuvent être éligibles à des aides comme MaPrimeRénov’, sous réserve de respecter les conditions applicables. L’éligibilité dépend notamment de la nature des travaux et du dispositif mobilisé. Avant de vous lancer, vérifiez les critères en vigueur sur le site officiel France Rénov’ et assurez-vous que les aménagements envisagés sont bien concernés.

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