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Agence : bien réagir face à la discrimination raciale d’un bailleur

Rédigé par Équipe garantme | 16 mars 2026 07:59:59

Une agence immobilière sur deux serait complice de discrimination à la location selon le troisième testing de l’association SOS Racisme. Or, les professionnels de l’immobilier, même s’ils ne sont pas les seuls décisionnaires au moment de la sélection d’un candidat, peuvent mettre en place des stratégies pour faire respecter la loi et limiter les refus en raison de l’origine.

Le 25 janvier 2026, SOS Racisme a dévoilé les résultats de sa nouvelle campagne de testing menée en 2025 auprès de 198 agences immobilières en France. Les militants de l’association se sont fait passer pour de faux propriétaires bailleurs souhaitant uniquement louer à des locataires au profil européen. 

Et cette troisième campagne de testing de SOS Racisme est sans appel : la situation est toujours aussi préoccupante qu’en 2022. En effet, le rapport révèle qu’en 2025, sur les 198 agences immobilières testées, 96 ont accepté de discriminer des locataires à cause de leur origine

  • 48 agences ont sélectionné elles-mêmes les locataires sur la base des critères énoncés par le propriétaire bailleur ;
  • 48 agences se sont montrées complices de discrimination en acceptant que le propriétaire fasse lui-même sa sélection. 

Alors que l’association dénonce une inquiétante permanence des pratiques discriminatoires dans le secteur immobilier, le gouvernement n’a pas tardé à réagir. Ainsi, Aurore Bergé, Ministre de l’égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations, a indiqué qu’un décret serait signé courant 2026 avec le ministère du Logement pour améliorer la formation des professionnels de l’immobilier. 

À la tête d’une agence immobilière, vous vous demandez comment participer à votre échelle à la lutte contre la discrimination raciale à la location ? Découvrez comment réagir face à un propriétaire bailleur qui applique des critères discriminants. 

Que risque une agence immobilière en cas de discrimination raciale ?

La discrimination à la location est interdite par la loi, qu’elle concerne l’origine, le genre ou le handicap. Elle est notamment encadrée par l’article 225-1 du Code pénal et l’article 1 de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989 sur les rapports locatifs. 

Ne pas respecter la réglementation en vigueur expose l’agence immobilière à des sanctions pouvant aller jusqu’à 3 ans de prison et 45 000 euros d’amende

Comment lutter contre la discrimination raciale d’un bailleur en agence ? 

Plusieurs leviers permettent aux agences immobilières de contrer la discrimination à la location

Former les professionnels de l’immobilier en interne

Loïc Cantin, président de la FNAIM, condamne vivement les pratiques de discrimination raciale des professionnels de l’immobilier. Il indique ainsi que « Pour avoir une profession qui soit au niveau de ses obligations, il faut à la fois une formation et de la sanction. ». 

Former les professionnels de l’immobilier est donc indispensable pour lutter contre les préjugés et favoriser un accès égal à la location. Toutefois, à l’heure actuelle, la formation à la discrimination est facultative et concerne uniquement les détenteurs de la carte professionnelle. En d'autres termes, près de la moitié des agents immobiliers ne sont pas formés aux problématiques discriminatoires

Le décret attendu en 2026 devrait permettre de mieux former les équipes aux pratiques discriminantes en agence. Toutefois, du côté des professionnels de l’immobilier, les réactions sont mitigées. Ainsi, comme l’indique Lise Dallas, mandataire à Pau : « Je ne suis pas hyper convaincue par cette mesure, même si c’est toujours bien de rappeler nos responsabilités et ce que ça implique pénalement. Il faudrait surtout infliger des peines aux propriétaires vu qu’on n’est pas décisionnaires. »

Éduquer les propriétaires bailleurs

Il est évident que la formation des agents immobiliers ne suffit pas. 

En effet, il semble surtout impératif d’éduquer les propriétaires bailleurs, puisqu'au final, ce sont eux les décisionnaires. 

Il ne s’agit pas seulement de refuser les pratiques discriminantes avec diplomatie et fermeté, mais également de rassurer les propriétaires bailleurs. Expliquez en toute transparence comment fonctionne le processus de sélection des locataires dans votre agence immobilière : 

  • Non, vous ne sélectionnez pas un profil de locataire sur la base d’un critère racial ;
  • Oui, vous sélectionnez le meilleur locataire en vous basant sur des critères objectifs tels que la solvabilité du candidat. 

Assumer sa politique anti-discrimination 

Les agences immobilières peuvent également montrer leur engagement en faveur de la location sans discrimination raciale en créant un label Agence Éthique et en intégrant une clause d’engagement éthique dans les mandats. 

En plus d’encourager les bonnes pratiques, cette stratégie permet de protéger les agents immobiliers en cas de litige avec un propriétaire bailleur. 

Favoriser la location automatisée et à l’aveugle

Anonymiser le dossier des candidats est également une bonne solution. 

Toutefois, pour conserver sa partialité face au dossier d’un locataire, l’automatisation est encore plus efficace. Certains outils, comme la Console de Garantme, définissent un score de solvabilité pour chaque dossier, en se basant sur des critères objectifs et non discriminants. 

Quelle solution si un propriétaire bailleur insiste sur la discrimination raciale ?

La solution la plus radicale consiste à éconduire le propriétaire bailleur en refusant le mandat. Effectivement, comme l’explique Guilhem Lorendeaux, agent immobilier à Toulouse « C’est à nous de dire non à ce genre de propriétaires et de refuser le mandat, quitte à ne pas avoir de rémunération ». 

L’agence immobilière peut également avertir le Défenseur des droits par mail ou par téléphone en signalant les faits du propriétaire bailleur (par exemple, le refus de signer un bail en raison de l’origine d’un locataire). Le Défenseur des droits a par ailleurs publié un guide à destination des professionnels de l’immobilier : Louer sans discriminer


Vous le savez, le refus de location sur la base de critères raciaux est une problématique que les professionnels de l’immobilier prennent au sérieux, mais qui risque encore de prendre de l’ampleur dans les années à venir. Pour rappel, selon une enquête du Défenseur des droits, 40 % des personnes perçues comme noires et 30 % des personnes perçues comme arabes affirment avoir été discriminées après avoir déposé un dossier auprès d’une agence et/ou d’un propriétaire.