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Arrêté municipal anti-expulsions : est-ce vraiment légal ?

Rédigé par Équipe garantme | 3 juil. 2026 07:00:01

Les arrêtés municipaux anti-expulsion sont régulièrement suspendus par les tribunaux administratifs. Un maire ne peut pas s'opposer à l'exécution d'une décision de justice ni se substituer au préfet pour accorder ou refuser le concours de la force publique.

Vitry-sur-Seine, Villejuif et Bonneuil-sur-Marne en 2013, Bagneux, La Courneuve et Gennevilliers en 2022, ou encore Saint-Denis en 2026, depuis plusieurs années, les élus locaux prennent des arrêtés municipaux anti-expulsion qui visent à empêcher ou retarder le départ contraint d'un locataire. Jusqu’à présent, la justice a toujours suspendu ces initiatives municipales. Pour autant, ces décisions ne signifient pas que l’expulsion aura lieu ou se fera rapidement.

Que prévoient les arrêtés municipaux anti-expulsion ?

Même si leur contenu varie d’une commune à l’autre, les arrêtés municipaux anti-expulsions reprennent généralement les mêmes principes.

L’interdiction des expulsions sans relogement

La disposition la plus fréquente consiste à interdire toute expulsion locative lorsqu’aucune solution de relogement durable n’a été proposée au locataire concerné. C’est le cas, par exemple, du nouvel arrêté pris par Bally Bagayoko, maire de Saint-Denis élu en 2026.

L’information préalable du maire

Certains arrêtés imposent également aux services de l’État d’informer la commune avant toute expulsion programmée sur son territoire.

L’objectif est de permettre à la municipalité d’anticiper les conséquences sociales de la mesure et, le cas échéant, d’accompagner les occupants concernés.

La protection de la dignité humaine et la prévention des troubles à l’ordre public

Les maires invoquent plusieurs principes afin de justifier leurs mesures anti-expulsion. Ils veulent notamment préserver la dignité humaine et lutter contre l’exclusion. Certains mettent également en avant le risque de troubles à l’ordre public.

Pourquoi la justice annule-t-elle systématiquement ces textes ?

Après la publication d’un arrêté municipal anti-expulsion, le préfet a la possibilité de saisir le tribunal administratif pour en obtenir la suspension.

Jusqu’à présent, les préfets ont exercé ce droit et les juges leur ont toujours donné raison. Les magistrats ont annulé les décisions prises par les maires. Ils invoquent souvent les mêmes arguments.

Le maire ne peut pas remettre en cause une décision de justice

Les juges s’appuient sur le principe constitutionnel de séparation des pouvoirs. Une autorité administrative, qu’il s’agisse d’un maire ou d’une commune, ne peut pas décider de suspendre ou d’annuler les effets d’un jugement. Lorsqu’un juge a prononcé la résiliation du bail et ordonné l’expulsion du locataire, cette décision s’impose à tous.

Autoriser un maire à bloquer une expulsion reviendrait à lui permettre de remettre en cause une décision judiciaire définitive, ce qui est contraire aux principes fondamentaux de l’État de droit.

Le pouvoir de police du maire est limité

Les maires disposent d’un pouvoir de police municipale destiné à assurer le bon ordre, la sécurité et la salubrité publics. Cependant, ce pouvoir limité ne leur permet pas d’interférer avec l’exécution d’une décision de justice.

Les juridictions administratives rappellent régulièrement que le pouvoir de police municipale ne peut pas être utilisé pour empêcher une procédure d’expulsion légalement ordonnée par un tribunal.

Le concours de la force publique relève du préfet

Une décision de justice ne rend pas l’expulsion effective. Si la personne refuse de quitter les lieux, l’intervention de l’État devient nécessaire pour exécuter le jugement. En effet, le bailleur n’a pas le droit de faire partir lui-même l’occupant. Il doit solliciter, par l’intermédiaire du commissaire de justice, le concours de la force publique.

Cette décision relève exclusivement du préfet en tant que représentant de l’État. Le maire n’a absolument aucun pouvoir pour interférer dans cette chaîne. Même si un arrêté municipal prétend interdire les expulsions sur la commune, il n’a aucune valeur juridique pour le préfet.

Qui peut réellement empêcher ou retarder une expulsion ?

Les maires ne peuvent pas bloquer une expulsion. D’autres acteurs disposent en revanche de pouvoirs importants au cours de la procédure.

Les juges

Le juge du contentieux et de la protection (JCP) conserve un pouvoir d’appréciation tout au long du contentieux locatif. Il peut notamment :

  • Accorder des délais de paiement au locataire ;
  • Suspendre les effets de la clause résolutoire ;
  • Permettre le maintien du bail sous certaines conditions ;
  • Reporter l’exécution de l’expulsion.

Une fois l’expulsion prononcée, le juge de l’exécution (JEX) peut lui aussi intervenir en :

  • Annulant un acte de procédure entaché d’un vice de forme ;
  • Accordant un sursis au locataire pour quitter les lieux.

Leurs décisions s’imposent à tous, locataire, propriétaire, préfet et maire.

Les préfets

Après le jugement, le préfet joue un rôle déterminant. Il peut accorder ou refuser temporairement le concours de la force publique. Son refus peut être motivé quand il estime que :

  • L’exécution immédiate de l’expulsion présente un risque grave pour l’ordre public ;
  • Les conditions matérielles de l’intervention ne sont pas réunies ;
  • Certaines circonstances exceptionnelles justifient un report (âge ou état de santé du locataire, par exemple).

Le préfet ne remet pas en cause le jugement lui-même. Il peut seulement retarder son exécution.

La décision du préfet engage la responsabilité de l’État. Le propriétaire peut demander une indemnisation destinée à compenser le préjudice subi du fait de l’impossibilité de récupérer son logement.

Pourquoi l’annulation des arrêtés anti-expulsion ne résout-elle pas tout ?

La suspension des arrêtés municipaux anti-expulsions ne résout pas les difficultés auxquelles sont confrontés les bailleurs.

En effet, les procédures d’expulsion ou d’indemnisation auprès de l’État sont longues, complexes et coûteuses. Entre le premier loyer impayé, l’assignation devant le tribunal, l’obtention du jugement, l’octroi de délais au locataire et la demande de concours de la force publique, plus d’un an peut s’écouler.

Pendant cette période, le propriétaire doit s’acquitter de frais de justice, des charges afférentes au logement loué, alors que, bien souvent, il ne perçoit plus de loyers.

Comment la garantie loyers impayés protège-t-elle le bailleur pendant la procédure?

Face à la longueur des procédures d’expulsion, la garantie loyers impayés (GLI) constitue l’une des protections les plus efficaces pour les bailleurs.

Lorsqu’un locataire cesse de payer son loyer, l’assureur prend en charge les loyers couverts par le contrat. Il peut aussi accompagner le bailleur dans les démarches de recouvrement et de contentieux. Le propriétaire continue ainsi à percevoir des revenus locatifs pendant toute la durée de la procédure.

Foire aux questions

Un maire peut-il légalement refuser une expulsion pour motif humanitaire ?

Non, un maire ne peut pas bloquer une expulsion pour des raisons humanitaires, car cela contreviendrait au principe de séparation des pouvoirs. Seuls le juge ou le préfet peuvent intervenir, le premier en accordant des délais, le second en refusant temporairement le concours de la force publique pour des motifs d'ordre public ou de sécurité.

Quels recours un propriétaire a-t-il si le préfet refuse le concours de la force publique ?

Le propriétaire peut engager un recours indemnitaire contre l'État pour obtenir une compensation financière. Cette procédure, bien que longue, permet de couvrir le préjudice subi (loyers impayés, frais de justice) lorsque l'expulsion est retardée sans justification valable.

La garantie loyers impayés couvre-t-elle les frais de procédure en cas d'expulsion ?

Oui, la plupart des contrats de garantie loyers impayés (GLI) incluent une prise en charge partielle ou totale des frais de justice et de recouvrement. Certains assureurs proposent même un accompagnement juridique pour accélérer la procédure.

Existe-t-il des alternatives aux arrêtés municipaux pour protéger les locataires menacés d'expulsion ?

Oui, les communes peuvent agir en amont via des dispositifs comme les fonds de solidarité pour le logement (FSL) ou des médiations locatives. Ces outils, légaux, permettent d'éviter les expulsions en proposant des solutions de relogement ou d'apurement des dettes sans empiéter sur les prérogatives de l'État.